jeudi 3 mai 2012

Résumés des communications



Recherches sur les littératures francophones

Colloque : « Pour le peuple, par le peuple, contre le peuple :
l’imaginaire social du peuple dans les littératures francophones d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et de la Caraïbe »
Université de Montréal • Université Concordia
11-12 mai 2012

Résumés des communications

Zineb Ali-Benali
Université Paris 8
Paris – France

« Le peuple ? Là où on ne l’attend pas » 
Par le peuple et pour le peuple. La devise fut celle du FLN qui s’imposa en Algérie pendant et après la guerre de libération comme le représentant du peuple, dont il n’était que l’émanation. Frantz Fanon demandait à l’intellectuel, voleur de feu des universités occidentales, de se mettre à l’écoute du peuple, à l’école du peuple. Le peuple était ainsi la référence absolue et finale de tout objectif politique mais aussi de toute création           « authentique ».
Mais après les indépendances, que fait-on de la langue (ou des langues) du peuple, notamment de la langue amazigh et de ses variations, et de sa culture, surtout orale? Le fantasme de la langue unique, posée en langue de l’identité, entraîna la répression des autres parlers. De même, les productions dans les langues populaires, tant en amazigh qu’en arabe populaire, furent marginalisées du côté du folklore, tenu loin dans le passé.
Dans la production écrite, La répudiation de Rachid Boudjedra marque une rupture dans le consensus discursif. Ce roman sera suivi par d’autres textes qui interrogent, à leur façon, la notion de culture du peuple. Assia Djebar dans La femme sans sépulture continue à être la « sourcière des voix ensevelies ». Yasmina Khadra et Boualem Sansal, quant à eux, reprennent la forme du roman policier pour dresser la figure de l’enquêteur honnête qui se tente de barrer la route des « grands ».
Il s’agira dans cette communication d’interroger ce rôle de la littérature comme bousculement des légitimités politiques, remise en causa des élaborations mémorielles et perturbation figements qui accompagnent les pouvoirs autoritaires.

Kodjo Attikpoé
Université de Montréal
Montréal – Canada

« Le bar : poétique d’un lieu populaire » 
Parmi les diverses configurations de l’espace à l’œuvre dans la fiction romanesque africaine (contemporaine) d’expression française, le bar apparaît comme un topos dont la récurrence semble s’inscrire dans une dynamique de transgression des codes esthétiques et discursifs. Il représente certes un lieu de réjouissance – qui participe de la dimension jubilatoire du récit –, mais il s’avère surtout un espace semiotisé, un espace où s’articulent des existences minuscules. Marqué par une forte socialité, le bar agit alors comme un lieu de paroles, un lieu de narration des récits de vie, un lieu pour philosopher sur l’existence.
Il s’agira ici d’examiner la représentation de ce lieu populaire d’un point de vue sémantique et esthétique. Nous nous attacherons également à appréhender la valeur du langage commun, du discours émanant du petit peuple au sens où l’entend l’écrivain camerounais Patrice Nganang. Pour celui-ci, il importe de redéfinir la notion de littérature africaine à partir de « l’idée. » Par ce terme, il entend, entre autres, « le lieu à partir duquel le langage de la rue de chez nous pose des questions et se fait philosophie. » (Manifeste d’une nouvelle littérature africaine. Pour une écriture préemptive, 2007).

 

Catherine Awoundja Nsata
Université de  Yaoundé I
Yaoundé – Cameroun

« Quête identitaire et dénonciation postcoloniale, une analyse actancielle du Vieux nègre et la médaille de Ferdinand Oyono »
Ferdinand Oyono est l’une des figures emblématiques de la littérature camerounaise postcoloniale. À l’instar des auteurs de sa génération, son combat est une quête identitaire. Toutefois, à la verve satirique et au ton incendiaire de Césaire ou d’Eza Boto, « le vieux nègre» oppose son humeur gaie. Le romancier rit et invite son lecteur à rire de ses misères pour ne pas en pleurer. Le peuple devient à la fois sujet et objet d’une écriture travestie. Dès lors, quelle image ce travestissement renvoie-t-il de l’objet de son discours?
La présente réflexion s’appuie sur la narration d’un texte s’inscrivant dans la littérature francophone de l’Afrique subsaharienne. Le Vieux nègre et la médaille est un roman original fondé sur un paradoxe saisissant : le drame de Meka, le drame de l’Africain mal à l’aise entre deux mondes, deux cultures, est présenté sur un ton comique dont seul le créateur maîtrise le secret. L’étude de la diégèse permet de mettre en évidence les forces agissantes à travers une analyse des couples actanciels. Grâce à un discours polyphonique, le romancier communique non pas sa pensée, mais une pensée commune à un peuple. Il délègue son pouvoir diégétique à un narrateur qui produit le texte. Meka  incarne  l’Africain humilié : les multiples voix qui se font entendre dans l’œuvre aident Oyono à présenter une vue panoramique de l’expérience d’un peuple en termes de langages de savoir et de comportement.

Véronique Chelin
Université de Montréal
Montréal – Canada

« Alain Gordon-Gentil, ou le polar à la sauce mauricienne » 
Dans les littératures francophones d’Afrique, du Maghreb et de la Caraïbe, un corpus d’œuvres appartenant aux genres dits « populaires » intéresse maintenant la critique dans la mesure où il contribue à la transformation et au décentrement des canons littéraires. En témoignent les travaux de Françoise Naudillon à propos du polar africain et de Christiane Ndiaye à propos du roman sentimental caribéen. Or, si l’on regarde du côté de l’océan Indien, l’on constate que le roman de l’écrivain mauricien Alain Gordon-Gentil, intitulé Devina et publié en 2009 chez Julliard, participe du même phénomène. S’il s’agit bien d’un roman policier, il reste que certains choix narratifs et esthétiques de l’auteur posent la question de la transgression générique. Une transgression qui semblerait même s’imposer au sein du contexte sociopolitique mauricien. Dans un premier temps, nous nous interrogerons sur la pertinence de qualifier ce roman et son auteur de « populaires ». Dans un deuxième temps, nous ferons une brève présentation du roman policier comme genre populaire et de ses traits fondamentaux. Dans un troisième et dernier temps, nous procéderons à l’analyse du roman afin de démontrer en quoi il s’agit d’un texte hybride, d’un texte qui peut se réclamer du genre policier tout en modifiant certains éléments fondamentaux du genre. En somme, notre étude montrera que si cette œuvre s’approprie bien une certaine tradition populaire, elle opère tout de même une forme de décentrement du canon en modifiant certains paramètres afin qu’ils conviennent mieux à ce contexte sociopolitique particulier.

Cheikh M. S. DIOP
Université de Ziguinchor – Sénégal

« Littérature sénégalaise et réadoption populaire » 
Il existe au Sénégal un art du spectacle très populaire, le théâtre « amateur » qui, contrairement à son concurrent, le « théâtre d’élite », hérité de Bingerville et de William Ponty, n’est pas issu ni d’un milieu professionnel ni de la littérature dramaturgique. Il est né de l’initiative d’artistes « formés dans le tas » d’une culture orale gagnée par la révolution audiovisuelle. Parmi eux, on compte des « lettrés » (souvent scénaristes ou metteurs en scènes) qui ont envie de faire découvrir à une masse non alphabétisée en français les textes littéraires (notamment des romans) adaptés et traduits dans une langue nationale, le wolof. En étudiant le phénomène de cette transposition de la fiction écrite à la scène audiovisuelle, nous pouvons percevoir également comment ce théâtre dit « amateur » restitue au peuple une littérature née de son imaginaire social, quoi qu’écrite dans une langue (officielle) venue d’ailleurs. Comment le poème de Birago Diop Souffles ou son conte Sarzan-le-fou sont lus ou joués par la troupe Daraay Kocc, l’une des premières à faire découvrir, par le biais de la télévision nationale, la production littéraire sénégalaise? Que reste-t-il d’Une si longue lettre de Mariama Bâ, de La Collégienne de Marouba Fall,  du Revenant d’Aminata Sow Fall, de Goorgoorlu la bande dessinée de T.T. Fonse publiée dans l’hebdomadaire satirique Le Cafard libéré,  une fois traduits et transposés au petit écran?

Christiane Félicité Ewané Essoh
Université de Yaoundé I
Yaoundé – Cameroun

« La Dynamique de l’oralité dans l’œuvre romanesque de Charly Gabriel Mbock. Perspective Guillaumienne »
Cette communication propose une analyse guillaumienne de la dynamique exercée par les marques de l’oralité dans l’espace littéraire camerounais. Le point de départ de cette réflexion est à rechercher dans le constat de la fréquence des proverbes qui émaillent l’œuvre romanesque de Charly Gabriel Mbock, à savoir : Quand saigne le palmier et La croix du cœur. Dans ces romans, la mondialisation des cultures passe parfois par l’enchevêtrement des genres. Dans cette logique, le principe de la souveraineté du sujet parlant et celui de la représentation acquièrent une portée croissante.
La linguistique guillaumienne, encore appelée psychomécanique du langage offre un réseau conceptuel qui nous paraît apte à éclairer les mécanismes sous-jacents aux actes de langage indirects comme les proverbes faisant l’objet de la présente étude. Il faut particulièrement mentionner « les univers de croyance », « les visées de discours » (ou intentions de communication) et « la représentation pré-énonciative » (instance de formalisation des énoncés). Soulignons que les proverbes constituent de véritables codes, même si nécessairement, ils sont appelés à fonctionner comme un appui à la double perspective narrative et descriptive.
Qu’est-ce qui en profondeur motiverait le recours à l’oralité? Quel pourrait être le rapport de l’oralité à l’écriture? Quelle serait la rentabilité de cet enchevêtrement? En d’autres termes, dans quelle perspective l’oralité se combine-t-elle à l’écriture?
Après avoir mis en évidence l’influence croisée qui existe entre l’écriture et l’oralité, nous montrerons que cet enchevêtrement est, au-delà de la multi-culturalité, un moyen de garantir à l’expression francophone sa pleine efficience.

Karen Ferreira-Meyers
Université du Swaziland
Mbabane – Swaziland

« La représentation du peuple dans des romans policiers africains : le cas du Botswana anglophone et du Gabon francophone » 
La représentation du peuple africain, dans quelle mesure est-elle semblable dans des textes anglophones et francophones? Afin de répondre à cette question, j’analyserai la façon dont Michael Stanley, dans ses trois romans policiers centrés sur le surintendant Bengu : A Carrion Death, Deadly Trade, Death of the Mantis, a été capable d’éviter les écueils majeurs identifiés dans la série d’Alexandre McCall autour de Mma Ramotswe, première dame détective. Les deux « séries » se situent au Botswana, mais, tandis que McCall Smith « glorifie » cet environnement, le duo d’écrivains Michael Stanley offre au lecteur une vision plus semblable à la vie réelle du Botswana du 21e siècle. Ensuite, il s’agira de comparer cette double vision anglophone à quelques exemples de la littérature policière francophone africaine, en particulier les trois romans policiers de l’écrivain gabonais Janis Otsiemi, intitulés Peau de balle (2007) dans lequel, au-delà de l’intrigue policière, tout un pan des travers de la société gabonaise contemporaine est dévoilé (misère de la jeunesse sans emploi, violence, corruption des forces de l’ordre) ; La vie est un sale boulot (2009) et La bouche qui mange ne parle pas (2010) qui continuent dans la même veine : corruption, magouilles omniprésentes, réussite de quelques-uns, violence de la rue, désespoir, police, poids du pouvoir, débrouille et meurtres rituels.

Touriya Fili Tullon
Université Lumière Lyon 2
Lyon – France

« Parler au nom du peuple arabe en écrivant français » 
Après avoir caressé le rêve romantique d’être la voix de ceux qui n’ont pas de voix, l’écrivain francophone en arrive à s’interroger sur les limites de la représentation dans le texte littéraire. Dès lors, certains auteurs usent du peuple non plus comme d’une thématique mais plutôt comme d’une voix travaillant le texte en profondeur et faisant basculer les limites génériques et auctoriales.
Des exemples de la littérature francophone dite de « l’immigration » et celle des pays du Maghreb et du Machrek nous permettront de voir comment le paradigme du peuple peut faire trembler l’écriture sur ses bases ou renvoyer à l’aporie consistant à écrire pour le peuple dans une langue qui n’est pas la sienne : où l’interrogation sur la langue d’écriture permet aussi de saisir une image diffractée du peuple.

Sélom Gbanou
University of Calgary
Calgary – Canada

« Crimes et état criminel : secrets populaires dans la prose de Théo Ananissoh »
Par l’oxymore ‘secrets populaires’, la communication outre le flou qui entoure la notion même de populaire, voudrait interroger la présence et l’absence du peuple dans le système de bavures politiques institutionnalisé en Afrique qui est au cœur de la fiction narrative de l’écrivain germano-togolais Théo Ananissoh. D’une part, il s’agit d’une écriture qui traque sous le mode du polar les crimes diligentés par l’État contre son propre peuple, de l’autre d’une écriture qui questionne les motivations profondes qui portent la conscience populaire dans son soutien implicite ou explicite à l’État-bourreau dont il devient fatalement la victime consentante en gardant secret ce qu’elle sait ou ce qu’elle voit.
Auteur de quatre romans : Territoires du Nord (1992), Lisahohé (2005), Un reptile par habitant (2007), Ténèbres à midi (2010), la prose narrative de Théo Ananissoh est en tout point un regard critique sur cette entité nommée Peuple que l’appareil politique massacre ou au nom de laquelle il exile, assassine avec une armée sensée pourtant protéger ledit peuple. Une telle conception oriente l’écriture de Théo Ananissoh vers le roman policier avec des personnages désabusés qui, à travers une observation perspicace mais désintéressée, une investigation à des fins simplement informatives mais révolutionnaires s’engagent contre la machinerie et les machinations politiques en dénudant les sournoiseries, les méthodes subtiles de ces assassinats dont tout le monde connaît les auteurs mais que personne n’ose dénoncer par peur des représailles. La communication vise à démontrer que par le choix de l’intrigue policière comme représentations des intrigues criminelles de l’État dictatorial contre son propre peuple, Théo Ananissoh invite à voir en le peuple le pourvoyeur de son propre sort par ses silences, sa complicité voire son ignorance.

Nadia Ghalem
Écrivain
Montréal – Canada

« L’évocation littéraire de la mémoire au Maghreb » 
Par le biais de la littérature, les mémoires se mesurent, voire se confrontent en se basant sur l’Histoire réelle ou revisitée. Pourtant l’Histoire est, en principe  l’évocation, soumise à une approche déontologique, des faits.
Pour ce qui est des littératures du Maghreb en général, on assiste à des tentatives de récupération ou de revendications identitaire et historique sur les deux rives de la Méditerranée. Si la politique et la religion ne sont pas directement abordées, elles laissent entrevoir en filigrane des questionnements aussi intenses que préoccupants. Les Algériens par exemple et les Maghrébins en général veulent une histoire racontée par eux-mêmes sur eux-mêmes. Donc Histoire, mémoires et identité, est-ce le meilleur moyen de rejoindre le peuple qui veut avant tout qu’on lui parle de lui? Pour qu’il cesse de se sentir étranger à lui-même.
L’émir AbdelKader, Tahar Haddad ou plus près de nous, Mouloud Feraoun, Malika Mokeddem, Driss Chraïbi, communiquent les questionnements et tentatives d’adaptation à une réalité traumatisante. Ainsi, l’existence  de fraternités comme celle du docteur Frantz Fanon qui, à l’écoute de ses patients algériens a élaboré : « Les damnés de la    terre »  n’a rien perdu de son acuité.

Katia Gottin 
Northwestern University
États-Unis

« Le paradoxe de l’écriture haïtienne dans Les cloches de La Brésilienne de Gary Victor »
Dans Les cloches de La Brésilienne, l’auteur haïtien Gary Victor met en scène, dans cette énigme policière, l’enquête qui mènera Azémar Dieuswalwe dans les méandres de la société haïtienne. Gary Victor est l’auteur le plus lu en Haïti. Mais le lectorat haïtien est constitué majoritairement des classes sociales privilégiées. Comment écrire pour les classes populaires qui ne lisent pas?
Tout d’abord, dans Les cloches de La Brésilienne, Il faut signaler le rôle majeur que la langue joue pour répondre à cette question. Plus proche de la créolité de Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant et Jean Bernabé que de la créolisation d’Édouard Glissant, l’œuvre de Gary Victor cherche à faire le portrait d’une société haïtienne en souffrance,  en usant du français haïtien. Le français dont use Gary Victor se caractérise par l’insertion dans la langue française de termes spécifiquement haïtiens. Yanick Lahens parle d’une « schizophrénie linguistique ».
Ensuite, à travers les genres littéraires qui caractérisent Les cloches de La Brésilienne, Gary Victor s’adresse directement au lectorat populaire haïtien. Mélange de roman policier et de roman fantastique, Les cloches de La Brésilienne offre au lecteur une narration fantasmagorique qui s’inscrit dans la réalité haïtienne.
Dans cette communication, je propose à la lecture de Les cloches de La Brésilienne, de mener une réflexion sur la possibilité de créer une littérature pour les classes populaires.

Catherine Groleau
Université Laval
Québec – Canada

« Genres, registres et inventions dans Et si Dieu me demande, dites-Lui que je dors de Bessora »
Bessora est une auteure d’origine « gabano-helvético-belge », elle est docteure en anthropologie. Établie à Paris, elle écrit depuis 1999, avec la parution du surprenant 53 cm. En marge des classifications, mais les embrassant toutes en guise de compromis symbolique, l’auteure a développé, au fil de ses publications, une écriture de la dérision qui convoque à l’envi genres, registres et pastiches divers. Dans Et si Dieu me demande, dites-Lui que je dors, Bessora dialogue avec la poésie, le carnet de voyage et la science-fiction. Chacune des couches de la trame œuvre à la mythification de l’écrivain, désigné comme Créateur d’univers.
Nous voudrions observer comment, dans la profusion de l’écriture, une réflexion se déploie sur la société, l’histoire et son peuple, en commandant un tissu de références. Ne souffrant d’aucune hiérarchisation, Bessora déploie un univers touffu, mais cohérent, à la jonction de la mythologie grecque, de la pop de Lori, des hôtels miteux de l’Ouest du Cameroun et du laboratoire scientifique de Dalí i Domenech. Analysant les écarts des genres, le mariage des registres, nous aimerions interroger le regard contemporain de l’auteure, ancré dans une actualité vive et ravivée, sur une société toujours mouvante. Vers quelles sphères se destine l’imaginaire cosmopolite (de tous les lieux, de tous les champs) que Bessora déploie vis-à-vis sa position métis, érudite et diasporique? Comment ce brassage des références survit au traitement de l’ironie et de la vulgarité?

Emmanuel Kayembe Kabemba
University of Cape Town
Cape Town – Afrique du Sud

« Quand la périphérie s’insurge contre le centre. L’imaginaire social du peuple chez Pius Ngandu Nkashama » 
L’œuvre de Pius Ngandu Nkashama se caractérise par des techniques d’écriture hybrides, qui convoquent un lectorat élitiste autant qu’elles représentent un public élargi, populaire. Elle ressortit à une esthétique paradoxale, constituée d’un mélange chaotique d’oraliture et d’écriture, de trivialité, d’ironie et de sérieux, d’obscurité et de clarté. Ce dispositif détonant, par lequel l’œuvre voudrait s’arracher au cercle étroit d’une consommation purement scolaire et académique, prend en charge toute une philosophie du style et de la réception tournée essentiellement vers la culture populaire de celui que Ngandu considère comme le lecteur idéal des littératures africaines, à savoir le peuple africain lui-même. Car l’intention de l’auteur, déclarée publiquement dans ses essais de critique littéraire et mise en jeu dans sa fiction, consiste ici à produire une littérature totale, qui puisse se forger son propre « orbite de gravitation ». Une littérature qui reflète, loin des instances jugées « aliénantes » du centre franco-parisien, la manière dont un peuple dominé s’approprie le langage et l’espace, en les marquant de ses propres fantasmes et de ses propres mythologies. Notre propos est d’étudier comment l’inscription de l’imaginaire populaire africain dans la trame de l’œuvre, imaginaire qui privilégie l’obscène, le passionnel, l’onirique, la transe et la folie, met en crise les codes linguistiques, éthiques, esthétiques et aléthiques officiels et suggère comme un « triomphe des valeurs du sud sur celles du nord ».

Etienne-Marie Lassi
University of Manitoba
Winnipeg – Canada

« La ‘vérité d’en-bas’ : rumeurs et légendes urbaines dans les contes citadins de Patrice Nganang » 
Pour démentir une information qui la mettait en cause dans la presse, une autorité politique camerounaise aurait déclaré que « la vérité vient d’en haut et la rumeur vient d’en bas ». L’objectif ici était de discréditer l’information en dévalorisant la source. Mais la fameuse phrase a été récupérée par le discours populaire pour valider ses prises de position et il n’est pas rare d’entendre des colporteurs de rumeurs affirmer que « la rumeur vient d’en haut ». En réalité, ce sont les paroles, les décisions et les actions des plus hautes autorités du pays qui nourrissent la rumeur et les légendes urbaines, lesquelles se présentent finalement comme une lecture populaire des grands enjeux politiques. C’est cela qui justifie peut-être le choix de Patrice Nganang d’emprunter le mode d’expression de la rumeur pour analyser l’histoire contemporaine du Cameroun dans L’invention du beau regard.
L’objectif de ma communication sera de montrer comment, à partir des « histoires qui se racontent à Yaoundé, de bar en bar, de rumeur en rumeur… », Patrice Nganang décrit les conditions sociopolitiques postcoloniales dans une perspective populaire. Plus concrètement, il sera question de démontrer que le recours à la rumeur et aux légendes urbaines permet au romancier d’intégrer le peuple à son œuvre en transcrivant les angoisses, les craintes ainsi que les désirs des couches sociales les plus basses, dans un langage qui leur est familier. On s’appuiera sur les théories sociales et psychologiques de Jean-Noël Kapferer, de Nicholas DiFonzo et Prashant Bordia ainsi que de Ralph Rosnow et Gary Alan Fine qui toutes envisagent la rumeur comme un moyen populaire mis en œuvre pour intégrer l’inconnu au familier et combattre l’incertitude sociopolitique et affective. 

Marilyn Lauzon
Université de Montréal
Montréal – Canada

« Raconter le peuple : regard mitigé dans Assèze l’Africaine de Calixthe Beyala » 
Le domaine de la paralittérature, dans lequel s’inscrit le roman populaire, se définit par opposition au champ de la culture lettrée ; cette relativité intrinsèque de la définition du paralittéraire ou du populaire pose évidemment problème. Quelle production peut véritablement être qualifiée de populaire? Pour répondre à cette question, Bernard Mouralis (Les contre-littératures : 109) propose d’étudier « l’origine, le destinataire, le contenu de l’œuvre ». Ce sont ces pistes qui nous permettront d’évaluer selon quelles modalités le roman Assèze l’Africaine de Calixthe Beyala participe de la culture populaire — si l’on peut toutefois dire qu’il y participe.
En effet, si un discours sur le peuple apparait de façon évidente dans le roman de Beyala, peut-on dire qu’il s’agit aussi d’un discours du peuple, en regard de l’opposition que propose encore Bernard Mouralis (Ibid. : 155)? Calixthe Beyala, tout comme Assèze, sa protagoniste, en raison de son enfance dans un village camerounais, suivie d’un exil pour Paris, pose le problème d’une origine ambiguë, ni tout à fait populaire, ni tout à fait bourgeoise ou intellectuelle. Cette position particulière soulève évidemment des enjeux taxinomiques, mais permet également — que le récit puisse, ou non, être qualifié de populaire — d’observer le peuple, à la fois connu, mais distant, selon le point de vue bien particulier du narrateur ou de l’auteur exilé.
Dans Assèze l’Africaine, l’enfance vécue dans le village « le plus arriéré du Cameroun » (Beyala, 1994 : 17)  est ainsi décrite à travers le prisme de la vie aisée à l’occidentale, ce qui mène à une narration tantôt empathique, tantôt cynique à l’égard du peuple. Je propose donc d’approfondir, dans ma communication, les différentes particularités d’Assèze l’Africaine en regard de la notion du populaire. Également, je souhaite relever le caractère polyphonique du roman de Beyala en exposant les différents discours sur le peuple tenus tout au long du récit.

Laté B. Lawson Hellu
University of Western Ontario
London – Canada

« L’écriture populaire de Félix Couchoro : la perspective linguistique et littéraire »
Dans l’œuvre littéraire de Félix Couchoro (1900-1968), que la critique universitaire, quoique rare, a associée à l’une des initiatives pionnières sur le continent africain en termes d’intégration d’une écriture populaire, reste à découvrir du point de vue de l’insertion de l’intentionnalité populaire dans son intelligibilité. Si, pour l’écrivain et le paradigme du peuple, la question de l’écriture relève d’une communication didactique et sociale, la réflexion proposée ici vise à cerner la relation esthétique et discursive que tisse un tel couple herméneutique dans les romans de l’écrivain, figure d’importance dans les premières générations des écritures francophones.

Alphonse Mbuyamba Kankolongo
Université de Kinshasa
République démocratique du Congo

« La représentation du ‘peuple’ dans la littérature congolaise de langue française » 
Les principaux thèmes que les écrivains abordent à propos du « peuple » congolais sont peints à travers des tableaux de la vie, avec toutes ses péripéties, ses hauts et ses bas, ses espérances et ses déceptions, ses efforts et ses luttes, ses  souffrances et ses joies qui défilent sous nos yeux.
Donc, l’image du « peuple » qui se dégage des textes qui s’y intéressent est celle d’un malaise général des Congolais qui se traduit par une misère matérielle. Par exemple, dans Misère au point et Fleurs dans la boue, Kangomba et Tshitungu évoquent les problèmes suscités par le salaire de misère de l’enseignant. Face aux conditions de vie difficile, une prise de conscience s’amorce chez le peuple. En témoignent des textes comme Entre les eaux et Le Bel Immonde, romans de V.Y. Mudimbe, Notre sang, pièce de théâtre de Mikanza Mobyem, etc. Cette pièce nous révèle chez le peuple congolais le sens du courage et du patriotisme et qui lutte, en définitive, pour sa libération.
Ces thèmes sont-ils nouveaux chez les écrivains congolais? Je ne le pense pas. Car des thèmes comme ceux de la faim, du logement précaire, du chômage, etc., sont presque universels et se retrouvent - à divers degrés -, un peu partout. C’est plutôt la coloration locale qui change, varie.

Awah Mfossi
Université de Calgary
Calgary – Canada

« Écrire la déterritorialisation : les représentations du peuple chez Émile Ollivier et Tierno Monénembo » 
Les littératures produites en contexte déterritorialisation – cas des littératures migrantes, de l’exil -  s’inscrivent dans une dynamique sociale de la double circularité des œuvres. L’espace de production et celui de réception n’étant toujours pas les mêmes, ces littératures actualisent la problématique de la survivance du peuple dans l’univers diégétique, un peuple écartelé entre hybridité culturelle et sauvegarde des valeurs originelles. Ainsi, les exigences de la réception amènent à s’interroger sur l’horizon d’attente au cœur de ces œuvres qui mettent en relief  des figures du peuple à travers des personnages errants, instables et obstinément en quête de familiarité avec l’espace autre. Cet espace est celui de l’exil, de la précarité, des rêves, dans lequel, ils recherchent des éléments constitutifs de leur identité, de l’appartenance à leur peuple, à une culture qui les habite dans leur errance. Ces différentes représentations inscrivent l’écrivain déterritorialisé ainsi que le peuple qu’il incarne – implicitement ou explicitement - dans une sorte de duplicité imaginaire qui veut que les territoires de départ et d’arrivée soient pris en charge par son écriture et que la mémoire sociale, celle qu’il a en partage avec les siens, ait une place privilégiée.
La communication aura pour objectif d’examiner la typologie, l’espace et le discours du peuple dans les littératures de la déterritorialisation qui mettent l’emphase sur les communautés imaginées et imaginaires. Les romans Les écailles du ciel (1986) de Tierno Monénembo et Passages (1991) d’Émile Ollivier serviront de matière à cette analyse, où il sera essentiellement question de montrer comment la dynamique sociale de la migration dans les récits pose en amont, la délicate question  de la précarité du peuple quitté.

Françoise Naudillon
Université Concordia
Montréal – Canada

« Le peuple dans tous ses états : théâtre et roman populaires aux Antilles »
José Jernidier est probablement l’un des dramaturges les plus connus en Guadeloupe mais aussi de la Martinique et de la Guyane et des communautés antillaises de France où ses pièces ont été plusieurs fois représentées. En effet, le théâtre de José Jernidier dérange. Non par son côté subversif, mais parce qu’il est un théâtre populaire et à ce titre décrié par les tenants d’un théâtre « savant ». Théâtre du peuple à qui il tend  un miroir  déformé par une satyre grinçante, l’œuvre de Jernidier dénonce en définitive, à l’opposé de son homologue le romancier martiniquais Tony Delsham, les errances du peuple. Tony Delsham, auteur le plus lu aux Antilles, endosse quant à lui les habits de hérault du peuple. N’affirme-t-il pas : « J’ai donc voulu parler à ceux qui me paraissent désorientés par l’abandon d’une littérature élitiste qui décidément laissait trop de monde sur le bord de la route. Il fallait parler au peuple et non parler au nom du peuple, à des oreilles extérieures distributrices de lauriers » (Malesky, 2002). Nous nous proposons dans cette communication d’analyser les stratégies de communication mises en œuvre par ces deux auteurs les plus populaires aux Antilles.

Esther Ngomayé
Université de Montréal
Montréal – Canada

« L’autonomie de la littérature camerounaise par le théâtre du peuple? »
Beaucoup de critiques au Cameroun nient l’existence d’une littérature camerounaise. Ils peinent à défendre un champ littéraire non institutionnalisé, c’est-à-dire dûment établi et fonctionnant de manière autonome selon des lois spécifiques. On pourrait leur donner raison en reconnaissant que si des lois qui régissent la culture et la littérature au Cameroun existent, cet art doit compter presque entièrement sur les métropoles occidentales pour ce qui est de sa production et de sa reconnaissance. Le défaut d’institutionnalisation de cette prétendue littérature est aussi celui d’un lectorat totalement indifférent. Cependant, si les réalités ici décrites sont vraies pour le roman et la poésie au Cameroun, tel n’y est pas l’état du théâtre populaire. Le théâtre a toujours été partie intégrante de la littérature au Cameroun. D’abord, sous sa forme « sérieuse » à ses débuts, où les auteurs imitaient les grands classiques des littératures européennes, celui-ci a été récupéré par le peuple tout au long de l’histoire. Aujourd’hui, le théâtre populaire a le vent en poupe, tant du côté des auteurs que de celui du public. Sous ce dernier aspect, il connaît une réception qui semble mettre en péril le destin déjà compliqué des autres genres littéraires et des auteurs de théâtre consacrés. Cette réalité s’explique par un certain nombre de facteurs difficilement exploitables par le roman et les dramaturges érudits. Quels sont ces facteurs? Quelles formes d’autonomisation de la littérature camerounaise ce théâtre inscrit-il? Et, à l’heure actuelle des technologies Web de production de masse (baladodiffusion, télévision-Internet, informatique en nuage, etc.), comment la littérature camerounaise, par ce théâtre du peuple, pourrait-elle davantage se démocratiser?

Eugène Nshimiyimana
McMaster University
Hamilton – Canada

« Imaginaire populaire et opposition dans l’œuvre de Sony Labou Tansi » 
L’œuvre de Sony Labou Tansi affiche cette caractéristique particulière de puiser dans les fonds culturel et populaire congolais. Ce ressourcement qui assure inventivité et créativité constitue l’un des traits de l’originalité sonienne. L’œuvre de cette polyphonie (où l’irrationnel féconde le cartésien, où le ridicule réajuste le sérieux tandis que le profane recentre le sacré) ne manque de soulever des interrogations quant à l’éthos de cette pratique carnavalesque de l’écriture. Au delà du ludique et de l’agréable, cette communication propose un regard oppositionnel (Chambers 1991; Terdiman 1985; Lyotard 1976; De Certeau 1980) sur l’œuvre de Sony Labou Tansi pour montrer que l’intégration du peuple et du populaire (du plus archaïque au plus moderne) est un geste de revendication « politique » dans un univers où le devenir citoyen est constamment menacé.     

Germain Nyada
Université Concordia
Montréal – Canada

« Entre visibilité et lisibilité. La représentation de l’enfant-soldat dans le roman francophone : l’exemple des Aubes écarlates de Léonora Miano » 
Si le personnage des marges longtemps ignoré que constitue l’enfant-soldat d’Afrique a finalement fait une entrée – encore que timide – dans le texte francophone vers les années 1980, une place essentielle semble lui échoir dans la production littéraire des quinze dernières années. Que l’on considère les textes à visée testimoniale ou ceux dont la fictionnalité est avérée, il apparaît clairement que ces textes évoluent à la charnière du visible et du lisible. Davantage engagée et donc plus politique qu’artistique, la visibilité vise à une sensibilisation au phénomène des enfants-soldats. En revanche, la lisibilité cherche à cerner les contours de ces personnes généralement de condition modeste. Or, dans un texte littéraire, le visible c’est-à-dire le politique peut se doubler d’une connaissance historique, auquel cas c’est un discours extérieur qui apporte sa lisibilité au social. On assiste alors à un entrecroisement de ces deux réalités, lequel nous semble digne d’intérêt. C’est justement cet aspect que nous entendons élucider à l’aide du roman Les aubes écarlates (2009) de l’écrivaine d’origine camerounaise Léonora Miano. Notre propos s’inscrit dans le souci d’analyser la dimension représentative de l’enfant-soldat qui s’avère n’être au bout du compte qu’un produit du peuple. Nous poursuivons un triple objectif. Il s’agira d’abord de ressortir les tentatives de rendre le populaire visible, c’est-à-dire le parti pris du roman pour le peuple. Ensuite, il sera question de montrer comment le roman analyse le langage, les croyances, les traditions et autres modes de penser propres au petit peuple que forment les enfants-soldats. Enfin, nous allons montrer que la cohabitation entre le visible et le lisible dans le texte conduit à un télescopage de diverses perspectives, l’angle de l’auteur se confondant parfois voire souvent à celui de ses personnages et vice versa. 

Désiré Nyela
Professeur
Université Sainte-Anne
Halifax – Canada

« L’étau de la double marge : entre littérature africaine et littérature populaire »
L’un des axes de développement de la littérature africaine porte sur les littératures populaires dont le roman policier est l’un des genres les plus emblématiques. Né au dix-neuvième siècle avec la modernité occidentale, il aura fallu attendre les années 80 pour que commence l’aventure du polar en Afrique et que, par la suite, les premiers succès incitent les auteurs les plus établis à arpenter les « boulevards du populaire », pour reprendre la formule de Jacques Migozzi. Comme on peut le constater, le roman policier en Afrique est une affaire récente.
Considérée à tort ou à raison comme une littérature de dénonciation du chaos, de l’absurdité et de la folie d’un réel par trop arbitraire, la littérature africaine ne s’est pas, d’emblée, orientée vers les littératures populaires en général et la littérature policière en particulier, qui, pourtant, fait entre autres sa pâture de l’arbitraire et de l’injustice. L’on pourrait alors s’interroger sur cette absence prolongée du genre en Afrique. Quelles pourraient donc être les pièces à conviction à verser au dossier de la percée tardive du polar dans le continent? Quel déclic libérateur a permis aux auteurs africains de se décider à bifurquer vers les sens interdits du populaire? En d’autres termes, comment en sont-ils arrivés au polar? Telles sont les questions autour desquelles s’articule cette communication et qu’elle tentera d’élucider.  

Emmanuelle Recoing
Paris-3 – Sorbonne la Nouvelle
Paris – France

« Violence populaire et symbolicité coloniale dans Les ténèbres extérieures de Raphaël Confiant » 
Les romans de Raphaël Confiant présentent la particularité d’appuyer une revendication identitaire sur les pratiques culturelles populaires antillaises les plus ordinaires, ce qui revient à définir ces pratiques comme un réseau de signes exprimant l’originalité et le réel des sociétés des Caraïbes. L’intérêt porté par l’écrivain aux mœurs populaires lui permet de souligner comment les sociétés antillaises ont été entièrement forgées par l’hétéronomie d’un projet colonial, ici fondateur de toute chose et de tout lieu. Une telle historicité originelle du caractère colonial des sociétés antillaises a induit la diffusion d’une violence à la fois concrète et symbolique dont rend compte Confiant en décrivant des coutumes populaires. À cet égard, le roman Les ténèbres extérieures dévoile la multiplicité des significations sociologiques, historiques, politiques, économiques et symboliques associées à la violence attestée de la dictature de François Duvalier, instituée au nom des intérêts du peuple noir d’Haïti, avec la complicité de bon nombre d’éléments de ce même peuple et qui a eu pour effet de créer des martyrs en son sein.
Nous nous proposons de montrer la manière dont Confiant dit ce paradoxe constitutif du régime de « Papa Doc » en jouant sur la pluralité des acceptions du terme « peuple », qui peut renvoyer soit à un ensemble d’êtres humains habitant un territoire défini et ayant en commun une langue, un passé et des coutumes, soit à un groupe de personnes soumises aux mêmes lois, soit encore à la partie de la population située au bas de la hiérarchie sociale ou qui peut renvoyer, enfin, à l’image de la multitude.

Noël Sanou
Université d’Ouagadougou
Ougagadougou – Burkina Faso

« Conter chez les Bobo et les Senoufo au-delà de l’ethnie et apories contemporaines d’un statut d’art ‘populeux’ »
Le conte d’expression africaine participe d’un discours cosmique mis en scène dans une situation de communication sociale ; ce qui en fait un outil didactique pour la formation de l’homme et un instrument moral pour la cohésion du groupe et de ses membres, du groupe avec la communauté des hommes et du groupe avec l’ensemble du cosmos ; d’où le merveilleux comme mode privilégié pour générer un monde à l’image de son modèle cosmique avant la rupture initiale et l’entrée dans l’histoire, dans lequel hommes et animaux dialoguent et s’unissent, les défauts et les vices sont punis conformément à une réalité précise : les ruptures dans la Création ne sont pas le fait d’une chute de l’homme pécheur mais les conséquentes de tout dés-ordre dans un ordre cosmique parfait dans lequel l’homme n’est pas au centre de la Création mais une créature comme les autres, une unité ontologique dans la mesure parfaite de la Création. C’est dire que le conte traditionnel africain, adressé en particulier à un public en devenir, la jeunesse et l’enfance, fonctionne par excellence sur le mode initiatique de l’épreuve régulatrice de l’ordre et non sur le mode polémico-conflictuel de la lutte actancielle du bien incarné contre le mal, les forts contre les faibles, les forces obscurs contre les forces positives. Le présent propos vise à montrer le caractère impropre de l’infériorisation statutaire de ce discours « total » depuis Géneviève Calame-Griaule : un art « populeux » à l’échelle inférieure de la pyramide de la parole et des rituels sociaux. L’art du conte n’est-il pas en définitive le terrain de prédilection d’un art du peuple pour le peuple dont les stratégies et l’éthique énonciatives, les figures énoncives et énonçantes, les poncifs, les interactions textuelles subsument les cloisons entre genres, communautés taiseuses et connaisseuses, les figures transdimensionnelles transcendant les frontières postulées entre l’agir historique et l’être cosmogonique, et l’étanchéité des cloisons ethniques postulées par la glose héritière de l’ethno-anthropologie dogonisante et tous les formalismes discursifs composés à partir d’ « ethno » (ethnohistoire, ethnoscience, ethnolittérature, ethnophilosophie).

Ariane Santerre
Université de Montréal
Montréal – Canada

« Une imbrication étroite : la représentation du peuple et de l’oralité dans Le coiffeur de Kouta »
Traditionnellement, les griots assumaient le rôle important de préserver la mémoire collective. Ils possédaient un savoir qui n’était pas à la portée de tous, mais qui cependant servait à tout un chacun. Issu d’une famille de griots malienne, Massa Makan Diabaté délaisse la performance orale pour se consacrer à l’écriture. Diabaté trahit-il le peuple en écrivant? Risque-t-il, comme l’a souligné Bernard Mouralis, « de devenir à son tour un individu privilégié travaillant pour le bien du peuple, un ‘penseur’, chargé d’éclairer les masses »?
Cette communication se propose d’étudier Le coiffeur de Kouta (1980) afin de déterminer si Massa Makan Diabaté écrit davantage pour un public populaire qu’érudit. La lecture du roman soulève en effet cette question : Le coiffeur de Kouta est-il un discours du peuple ou un discours sur le peuple (Mouralis)? Cette interrogation est primordiale puisqu’il existe, à travers l’histoire littéraire, maints exemples d’écrivains qui, bien que leur but avoué soit de s’exprimer pour le peuple, le font néanmoins de manière paternaliste. Le peuple – qui, par métonymie, ne fait qu’un – est souvent représenté comme étant pur ou, inversement, comme étant sauvage et sanguinaire. En est-il de même dans le roman de Diabaté? Le changement de médium altère-t-il la visée sociale vers laquelle tend le rôle du griot traditionnel? La structure et le contenu du Coiffeur de Kouta seront les deux voies qu’empruntera cette analyse afin de trouver des éléments de réponse. C’est en explorant les questions d’oralité et d’écriture, le théâtre kotèba et la forme du conte, puis en s’interrogeant sur la représentation du peuple dans le roman (c’est-à-dire sur ce qu’il désire, sur la hiérarchisation du village de Kouta et sur la satire à l’endroit du regard extérieur porté sur le peuple), que cette communication pourra arriver à une meilleure compréhension de l’écriture de Massa Makan Diabaté.

Joubert Satyre
School of Languages and Literatures
Université de Guelph
Guelph, Canada

« Représentations du peuple chez Gary Victor et Émile Ollivier »
Qu’il appartienne à «la grande littérature » ou à la paralittérature, le roman haïtien a toujours eu le souci du peuple, de ce peuple souffrant des dictatures et du sous-développement, mais luttant inlassablement contre ces formes d’oppressions. En ce sens, on pourrait dire que le peuple est le principal destinataire de romans que, malheureusement, il n’a jamais pu lire, à cause de son illettrisme et de son état de dénuement.
Y a-t-il alors des différences dans la façon dont le peuple est vu par « la grande  littérature » ou par la paralittérature? Peut-on d’ailleurs parler de paralittérature  dans le cas d’Haïti, car cette notion suppose au moins un public ayant les moyens de consommer ce prêt-à-lire? Au-delà de ces questions d’ordre théorique, ma proposition tentera de voir comment Gary Victor, écrivain dit « populaire » et Émile Ollivier, appartenant supposément à « la grande littérature », représentent le peuple.
Cette communication se basera, entre autres, sur La piste des sortilèges (1996) et La Discorde aux cent voix (1986).

Josias Semujanga
Université de Montréal
Montréal – Canada

« Du bon usage du peuple dans le roman africain »
Perçu comme incarnant la majorité de la population, la figure du peuple est souvent associée à celle du pauvre. Une topique des lumières, selon laquelle les pauvres en tant que gens de bien souffrent des peines causées par les riches ou les élites considérées comme les méchants, associe le peuple à la vertu et les puissants au désordre.
Je voudrais esquisser l’histoire d’un thème politique du bon usage du peuple dans le roman africain de 1920 à maintenant, de René Maran à Ahmadou Kourouma en passant par Mongo Béti et Ousmane Sembene.

Anaïs Stampfli
Université Stendhal, Grenoble 3
Grenoble – France  

« Le français créolisé,  fidèle support de la voix du peuple antillais? » 
Les écrivains de la Créolité se présentent comme « Chantres du petit peuple antillais »  et autres « marqueurs de paroles ». De fait, la voix du peuple occupe une place centrale dans les romans de Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Ils dépeignent (notamment dans Texaco  et Eau de Café) une Martinique populaire des années 1950 où l’enseignement de la langue française n’est pas encore accessible à tous. Leurs personnages se font ainsi porte-paroles d’une société qui vacille entre le français et le créole et s’exprime en un français approximatif et fluctuant.
Non contents de mettre en mots un parler populaire, Chamoiseau et Confiant s’adonnent à une véritable esthétisation de cette langue à mi-chemin entre le créole et le français. Et ce jusqu’à la création d’une tierce langue hybride de leur cru. Parmi les 395 mots en français « anormal » d’Eau de Café, seuls 93 sont des mots créoles alors que la plupart d’entre eux (302) sont des néologismes propres à Raphaël Confiant .
Ce positionnement interlectal nous amènera à interroger la lisibilité des écrivains de la Créolité. En revisitant la syntaxe du français, ceux-ci veulent promouvoir la langue créole qui habite leur français véhiculaire. Ce faisant, ils altèrent la voix du peuple dans la mesure où ils se l’approprient et la francisent à leur manière. Le français « chamoisisé »  n’est donc plus le fidèle reflet de la « parole » que le romancier dit « marquer » tout en n’étant pas non plus familier au lecteur de métropole non-créolophone. Une double culture semble ainsi nécessaire pour apprécier les subtilités des romans des écrivains de la Créolité qui se situent à la fois pour le peuple, par le peuple et contre le peuple.

Mohammed YEFSAH
Université Lyon 2 Lumière
Lyon – France

« Le roman Les chercheurs d’os de Tahar Djaout. Conflits des imaginaires et des lieux » 
Le roman Les chercheur d’os de Tahar Djaout (1954-1993) est une œuvre écrite « avec le peuple » dans le sens où elle introduit l’imaginaire populaire sur les plans esthétique et poétique. Afin de mieux saisir la notion abstraite de « peuple », il convient de déceler les discours des classes et des couches sociales, comme fil conducteur idéologique de cette œuvre. Tahar Djaout a choisi sur le plan esthétique un genre romanesque hybride, en ayant recours entre-autre aux codes du conte et aux codes journalistiques. Notre proposition consiste à analyser le sens du social, par une approche sociocritique, en déclinant la culture orale et l’imaginaire populaire dans ce roman de Djaout, paru au cœur d’une période où l’Algérie a connu des bouleversements importants, notamment de ses espaces, urbains et ruraux. Le conflit des générations, entre jeunes et vieux, que donne à lire Les chercheurs d’os, à travers les personnages, révèle la lutte latente des identités dans le rapport des algériens à l’espace.


8 commentaires:

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